La Rose Bleue
Thérapies énergétiques à Corre
 

La Rose Bleue, thérapies énergétiques à Corre

De la nécessité de l’éthique à la Déontologie de la démarche dans le cadre de l’exercice professionnel de l’art-thérapeute


Introduction

Il paraît indispensable de débuter ce travail par une recherche de définitions, non exhaustive, mais dont l’objectif est de mettre en relief des mots-clés. Je définirai ici l’éthique comme la science de la morale et des mœurs. Elle réfléchit sur les finalités, les valeurs de l’existence, la notion du ‘bien’. Elle est aussi une réflexion sur les comportements à adopter pour rendre le monde humainement habitable. L’éthique est une recherche d’idéal de société et de conduite de l’existence.

Je nommerai déontologie l’ensemble des règles de bonne conduite dont une profession se dote pour régir son fonctionnement au regard de sa mission. Qu’elle soit imposée ou non par la loi, elle constitue la morale d’une profession. Le code de déontologie professionnelle régit l’exercice d’une profession. Il en décrit l’éthique ainsi que les droits et les devoirs de ceux qui l’exercent, de même que les rapports entre ceux-ci et le public. Si pour l’éthique, la régulation des comportements est le fruit de ses actions et de ses choix personnels, en revanche, pour la déontologie la régulation est externe à l’individu et implique l’obéissance à une réglementation.

Le présent travail est réalisé à partir de l’étude de trois documents :

  • Le code de déontologie des art-thérapeutes, édité en 2012 par la LPAT
  • Le code de déontologie des art-thérapeutes certifiés Profac
  • Il prend, par ailleurs, appui sur mes deux expériences d’apprentie art-thérapeute, en institution.

Ethique et déontologie professionnelle

L’intérêt à parler d’éthique

L’éthique est une compétence professionnelle. « Alors que la morale définit des principes ou des lois générales, l’éthique est une disposition individuelle à agir selon les vertus, afin de rechercher la bonne décision dans une situation donnée. La morale n’intègre pas les contraintes de la situation, l’étique au contraire n’a de sens que dans une situation… la morale ignore la nuance, elle est binaire. L’éthique admet la discussion, l’argumentation, les paradoxes… ».(1)

« Tout le travail de l’art-thérapeute consiste à cerner le désir du patient, à proposer une ouverture sur lui-même, sur son désir et sur le monde qui l’entoure. L’éthique du bien faire est présente en art-thérapie qui est aussi une éthique du désir. .. Mais que veut dire bien faire pour l’art thérapeute ? L’art-thérapie respecte la personne dans son expression entière, son expression singulière. .. »(2)

… »En arrivant dans la salle, je suis saisie par un regard noir, dur, un visage fermé… celui de F. Une peur inexpliquée m’envahit… Qu’est-ce-que ce regard évoque chez moi ? je ne sais pas mais je me sens très mal à l’aise… …je dessine et je colorie aux côtés des résidents, j’hésite lorsqu’un doigt se pose sur le dessins que je préfère parmi les autres. Je tourne la tête et, dans le regard de F, je sens de la douceur. Elle s’agite, montre mon dessin. A cet instant, je comprends qu’elle est muette… Le soir, un flash, je revis une scène de moi enfant. Je revis cette scène glaciale, faite d’incertitudes et d’hésitations, de traces mnésiques… »(3)

Ce que Freud nous enseigne c’est que le transfert est essentiellement résistant . « Le transfert est la mise en acte de la réalité de l’inconscient… ». La formation au centre de Grenoble m’a permis de travailler mon transfert pour laisser place au symbolique.

Article 5 - L’art-thérapeute s’oblige à perfectionner ses connaissances dans le cadre de la formation professionnelle continue et à faire superviser sa pratique professionnelle.

Dès qu’il y a Sujet Supposé Savoir, il y a transfert. Le sujet est supposé savoir, de seulement être sujet du désir.

Dans le cas cité, il s’est produit cet effet d’amour qui n’est repérable que dans le champ du narcissisme. De ce fait, j’ai mis au travail mon contre-transfert afin de ne pas envahir le sujet de mes projections imaginaires, de mes ressentis, au risque de figer le processus thérapeutique.

… »La notion de regard vide est parlante et amène la question dont on travaille avec ce vide, selon ce qu’il est et ce dont on est capable d’en faire mais aussi sur la façon dont il est important d’en laisser pour avoir un espace de créativité… »(4)

Considérer, avec éthique, que ce regard vide peut être un regard vide de parole, qu’elle soit donnée ou reçue. L’éthique professionnelle que je dois respecter repose donc sur certaines valeurs :

  • Des valeurs professionnelles : œuvrer avec compétence, impartialité, objectivité. Le patient peut avoir des difficultés à s’exprimer. Il est important que j’évite toute démarche démagogique et toute démarche disqualifiante.
  • Des valeurs morales : agir de façon à conserver la confiance des patients, notamment en respectant le secret professionnel. Ma sollicitude est capitale dans l’espace art-thérapeutique ; elle me permet de mettre le patient en confiance.
  • Des valeurs liées aux personnes : respect, équité. Les patients sont en demande et chaque décision que je prends fait appel à la responsabilité professionnelle individuelle et collective..

L’éthique permet ainsi de garantir certains principes d’action et de droit au bénéfice des patients. Cependant, elle s’arrête souvent là où commencent certaines obligations légales. En effet, dans l’exercice art-thérapeutique, je peux être confronté à différentes problématiques :

  • demande du patient ou commande institutionnelle ?
  • autonomie ou réglementation ?
  • secret professionnel ou information partagée ?

Article 4 - Y compris s’il intervient sur indication ou prescription médicale, l’art-thérapeute n’accepte d’engager
un travail art-thérapeutique qu’à la suite de plusieurs entretiens préliminaires et jamais contre l’avis de la
personne concernée.

Autant de questions qui sont des cas de conscience auxquels je dois réagir et agir en mon âme et conscience. Ex : pour les cas difficiles, telle que la maltraitance, la jurisprudence n’a pas tranché. En revanche dans le cas de sévices infligés à des mineurs de moins de 15 ans ou des personnes n’étant pas en état de se protéger, le secret professionnel ne prévaut pas.

1.1.5 L'art-thérapeute lève le secret professionnel lorsqu'il constate que des sévices ou des mauvais traitements
portent atteinte à l'intégrité physique et/ou psychique du patient, après en avoir obtenu l’autorisation écrite de
celui-ci ou si la loi l'ordonne. 

Démarche pour aborder l’éthique professionnelle

L’éthique peut également être abordée par des vertus parmi lesquelles :

  • Altruisme, Courage, Justice, Prudence, Tempérance.

Les vertus, en leur qualité de disposition à agir, permettent une déclinaison de l’éthique en comportements dans ce métier d’art-thérapeute. Les vertus ont permis de construire un référentiel auquel j’ai recours.

« Je veille à établir une relation équilibrée et équitable avec les résidents. Cette relation juste peut raviver le regard positif de la personne sur elle-même et à renforcer l’image de soi. Une rencontre entre le patient et l’art-thérapeute peut naître car chacun d’eux apporte des éléments personnels dans un échange le plus souvent non-verbal… »(5)

Article 7- L’art-thérapeute n’entreprend rien qui puisse faire perdre des chances d’amélioration ou de guérison
aux personnes malades.

« …Bien que Sandrine ait pris la précaution systématique de me présenter aux résidents, je me suis
quelquefois attachée à définir clairement le rôle de l’art-thérapeute. Il s’agit de bien faire saisir la
différence entre le fait d’être animatrice en arts plastiques et art-thérapeute. »

Article 19 - L’art-thérapeute entretient avec ses pairs des relations confraternelles

… »Mon objectif était de me situer au sein d’une profession dotée d’un code de déontologie. Mes
craintes restaient cependant une mauvaise compréhension ou une confusion des deux métiers. » 

Article 20 - L’art-thérapeute s’engage à diffuser une information précise permettant de différencier clairement sa
discipline des médiations artistiques, des activités rééducatives, d’animation, ou des pratiques occupationnelles.

Vers une déontologie de la démarche

La déontologie fixe les règles professionnelles qui sont consignées dans des Codes de déontologie et dans des textes réglementaires (décrets). Ces règles concernent particulièrement les domaines de la protection de la vie privée et du droit d’accès à l’information personnelle.

L’article 9 du Code Civil de la Convention européenne des droits de l’Homme et des libertés fondamentales définissent le droit à la vie privée, à l’intimité personnelle et familiale : « chacun a droit au respect de sa vie privée. Les juges peuvent sans préjudice de la réparation du dommage subi, prescrire toutes mesures, telles que séquestre, saisie ou autres, propres à empêcher ou faire cesser une atteinte à l’intimité de la vie privée ; ces mesures peuvent, s’il y a urgence, être ordonnées en référé. »

Se donner une déontologie est donc une exigence morale et sociale, mais c’est surtout une garantie pour le patient. Les règles déontologiques normalisent des modes de fonctionnement pour aboutir à une unification des pratiques.

La séance d'art thérapie révèle le désir, réveille la chose. L'art thérapie ne guérit pas, elle permet la mise en mots, un dispositif dans lequel le patient va puiser, l’ouverture poétique. L’Art-thérapie part du postulat suivant : « chaque personne possède un potentiel de ressources : elle détient les clés de sa guérison partielle ou totale » (6).

… »J’assiste avec beaucoup de distance à la nouvelle production de M ; elle n’a aucun but précis, elle mélange, juxtapose les couleurs… Ma 1re rencontre avec M a été très rapide…elle ne m’a ni regardée, ni saluée, elle ne voulait pas que je lui donne la peinture qu’elle demandait… Peu à peu la relation s’est établie et M me saluait en arrivant, en partant, me souriait et me montrait l’objet fabriqué, tentait de m’en parler… «

Dans l’espace art-thérapeutique, la relation patient/art-thérapeute peut générer une résistance ; cela produit du paradoxe ; la créativité peut créer un état d’esprit où l’émotion peut créer une entrave. La demande est l'expression du désir. Aucune séance n’est identique, ni avant, ni après. Si le dispositif thérapeutique ne permet pas la production d’une création, en revanche, il amène le patient dans la recherche de l’objet manquant et de sa symbolisation.

Un code de déontologie, nous l’avons dit, régit un mode d'exercice d'une profession (déontologie professionnelle) ou d'une activité en vue du respect d'une éthique. ... Bien que n’étant pas des médecins, l’art-thérapeute est cependant dépositaire du secret professionnel lié au code de déontologie de sa profession.

Le secret professionnel

Régi par le Code pénal, le secret professionnel se définit comme l’obligation de taire des informations apprises à l’occasion d’un échange professionnel. En France, il se situe au carrefour de deux notions :

  • La protection de la vie privée de l’individu
  • La protection de l’ordre public démocratique.

Je suis le dépositaire des informations échangées, elles n’appartiennent véritablement qu’au professionnel ou au patient. Le code pénal sanctionne aussi le non-respect du secret professionnel, d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende. (7)

Article 2 - L’art-thérapeute se conforme au principe du secret professionnel dans les limites imposées par les
textes législatifs. 

Comment je vois le métier

Ma conduite sur la pratique

Dans l’espace art-thérapeutique j’accueille, j’observe, je repère, je mets à distance, et j’accompagne. Je prends mon temps pour ne pas être dans la pulsion ; le positionnement du patient ne me fait pas réagir. En ma qualité d’apprentie art-thérapeute, je veille à ne pas superposer les cadres ; je fonctionne dans le cadre de l’institution et je reste humble. Je travaille avec le cadre du patient et je trouve la manière d’entrer dans le dialogue.

2.1.1 L'art-thérapeute définit un cadre thérapeutique, en informant le patient des aspects de son activité
susceptibles de l’éclairer sur l’art-thérapie pour un éventuel engagement (avec notamment des précisions quant
aux honoraires, horaires, durée, démarche thérapeutique, conditions de travail, etc). 

2.1.2 L’art-thérapeute formalise ou concrétise le cadre thérapeutique pour lequel lui-même et le patient
s'engagent, par la mise en place conjointement d'un accord, oral ou écrit, sachant que cet accord pourra évoluer
en fonction des nécessités du processus thérapeutique. 

Je veille à ne pas déborder sur les autres métiers et notamment celui de psychologue. Je dois savoir où me placer et écouter ce qui se dit.

1.1.7 L'art-thérapeute connaît le domaine de compétence des autres professionnels de la santé et/ou du social.

En tant qu’apprentie art-thérapeute, j’intègre que la relation va se tisser avec ma présence, avec ce que je suis en mesure d’ouvrir à l’autre en tant que sujet… A cet effet, je me mets au travail pour accepter les projections imaginaires du sujet dans toute l’ambivalence du transfert, de l’amour et l’élan vers l’autre, dans une poussée pulsionnelle à la haine…

L’éthique représente au sein d’une équipe, au sein d’une institution, au sein d’un secteur professionnel, des valeurs sur lesquelles se fonde le futur professionnel que je suis dans l’exercice des missions qui me sont confiées dans le cadre de mon stage. 

Ce matin là, deux jours avant mon départ, M est arrivée en râlant… elle cherche une place…je lui
demande si je peux avoir une discussion avec elle…elle bougonne qu’elle n’a rien à dire…
Le dernier jour, je me suis assise à sa table, avec sa permission et sans parler, je dessine.
Et là, contre toute attente… M a parlé, longuement, expliqué pourquoi elle peint, depuis combien de
temps, comment elle mélange les couleurs…. 

Moi, ma place

Tout professionnel est éthique. Il s’agit de valeurs qui dictent ma conduite, mon comportement, ma posture professionnelle. Je travaille dans la relation, face à des hommes, à des femmes ; je leur dois respect, respect de leur dignité, de leur intimité, de leur choix de vie. Ces valeurs doivent également me permettre de me remettre en question, si besoin était

M me propose de visiter sa chambre. Un univers enfantin s’offre à moi… M me propose de lire un
article de presse et dit que je peux le photocopier…. Que je peux photographier sa chambre…. 

2.3.1 Les productions du patient sont sa propriété, régie par le droit de la propriété intellectuelle.
2.3.2 L'art-thérapeute et le patient s’entendent sur le lieu de conservation des productions, pendant et après la
thérapie, en adéquation avec les objectifs de soin.

Je n’ai pas pris en compte le code de déontologie, je ne me suis pas appuyée dessus pour définir ma
place et prendre toute la distance nécessaire dans le cadre de ma fonction.
Ce que je retiens c’est que cette ‘intrusion’ chez M a produit du désir chez moi et chez elle, mais cela ne veut pas dire que c’est ce qu’elle voulait… (le désir du désir de l’autre, Lacan). 

Le dernier jour M peint avec frénésie, pose des couches, créé des épaisseurs… Pour la seconde fois, il
lui est rappelé que la séance est terminée. M veut rajouter quelque chose, elle ne veut pas quitter la salle.
Elle sort et revient me dire : je ne veux pas que tu partes, je t’apprécie, tu es une femme gentille… je
veux bien parler de ma peinture avec toi…

Difficile moment pour moi de rester dans la posture de l’art-thérapeute ; l’émotion me gagne : je suis
encore apprentie. 

Quand je dis que je pars, je pose là une parole symbolique.

Tenir une posture professionnelle

Lorsque M me propose de visiter sa chambre et que j’accepte, et de ce fait je sors du cadre, je n’ai pas posé les limites. Je n’ai pas respecté le code de déontologie de l’art-thérapie qui stipule les devoirs envers le patient et notamment devoir de réserve, le secret professionnel, la juste distance interpersonnelle.

J’ai également failli à la méthode proposée par la structure : la séance se déroule dans la salle à manger. Je n’ai pas respecté les notions de lieu, de temps. J’ai également failli au secret professionnel qui garantit normalement à chacun le respect de sa vie privée.

Le métier d’art-thérapeute m’a demandé de savoir me situer professionnellement. Il fait appel à ma capacité à observer et accueillir avec bienveillance les situations qui se sont présentées, pour ajuster ma pratique et m’auto-réguler dans la relation au patient.

La formation suivie me permet de me positionner professionnellement ; elle consiste à définir ma place en fonction de mes compétences, de mes capacités, de mes droits et devoirs. Je construits des outils pour me situer professionnellement.

Article 1 - Tout art-thérapeute certifié par l’Etat justifie d’une formation reconnue par les autorités
administratives et agit dans le respect de la personne et des lois. 
1.1.10 L'art-thérapeute doit travailler dans des conditions matérielles adaptées à la pratique de la technique
artistique qu'il propose.

En tant que future praticienne art-thérapeute, je m’engage à me référer à un code éthique par le respect de la personne et la confidentialité des informations communiquées, en occupant une place modeste au sein de la structure. Sous le regard bienveillant du superviseur qui me permettra de me construire, d’évoluer dans ma pratique et de me remettre en question, de travailler mes objectifs et mes peurs, je serai à l’écoute de mes éprouvés et prendrai soin de moi.

1.1.2 L'art-thérapeute s'assure une supervision ou un contrôle de sa pratique par un tiers qualifié, à savoir : un
art-thérapeute accrédité FFAT, possédant au moins 10 ans de pratique, ou un psychiatre, un psychothérapeute, un
psychologue clinicien formés à l'art-thérapie, ou à défaut, aux médiations artistiques, ayant plus de 10 ans de
pratique.

(1) Jean-Jacques Nilles, Maître de Conférences
(2) JP. Royol – Art-thérapie – Au fil de l’éphémère – Dorval Editions 2013
(3) Marie Vallier-Savine, mémoire art-thérapie
(4) Marie Vallier-Savine, mémoire art-thérapie
(5) Christine Hof ? in Art-thérapie et gérontologie


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